n°360
Ἱεροκλῆς
Transcription : Hieroclès
Présentation : Hieroclès, fils de Panaitios lui-même fils de Thrason, est un personnage bien connu à Panamara, Stratonicée et Lagina. Sa carrière s'est déroulée sous les règnes d'Hadrien et d'Antonin : il a été ambassadeur à Rome après 139, à un âge déjà avancé (il avait plus de 70 ans selon l'inscription n°2) et suite à un tremblement de terrea. Il porte les titres de fils de la cité et de philocésar. Hieroclès a revêtu les fonctions les plus prestigieuses et les plus coûteuses à Stratonicée et dans les sanctuaires qui en dépendent. Il a été trois fois prêtre d'Hécate à Lagina, néocore et prêtre de Zeus Panamaros, ainsi que de plusieurs autres Zeus : Zeus Chrysaorien, Londargos, Narasos, et Capitolien. Il a également exercé les charges de trésorier du tribunal, sitonès, gymnasiarque, agoranome, décaprotos pendant 3 ans (3), jusqu'à son ambassade auprès d'Antonin. Dans une période visiblement difficile à Stratonicée, Hieroclès est intervenu plusieurs fois pour aider la cité à acheter du blé : pendant sa propre sitonie, à ses frais, mais aussi pendant celle de son fils grâce à un don de 10 000 deniers. Au moins deux décrets honorifiques rappellent ces bienfaits. En outre, l'ambassade auprès d'Antonin a eu lieu à ses frais (2). Le sacerdoce des empereurs semble se situer au début de sa carrière, comme souvent à Stratonicée. Hieroclès est indifféremment qualifié de grand-prêtre ou de grand-prêtre des Augustes. Parmi ses nombreuses générosités à l'égard de la cité, aucune ne semble particulièrement liée à l'exercice de la prêtrise des empereurs. L'ambassade est également tout à fait distincte du sacerdoce. Hieroclès est intervenu dans des travaux au Sebastéion, mais visiblement ce n'est pas non plus dans le cadre de sa grande-prêtriseb. Le sacerdoce du culte impérial, l'ambassade à Rome, l'intervention au Sebasteion, la fonction de décaprotos et le titre de philocésar constituent autant d'éléments qui mettent en relation Hieroclès avec le pouvoir romain, physiquement lors de son ambassade, sur le plan idéologique et symbolique lors de sa prêtrise des Augustes. Pourtant, il n'est pas citoyen romain et ses fils ne le seront pas non plus. Il faut en conclure non seulement que la citoyenneté romaine n'est pas indispensable au niveau de la cité pour la réalisation d'une carrière brillante, mais aussi qu'elle ne l'est pas non plus aux yeux de Rome, encore à l'époque d'Antonin. Ses fils Leon Thrason et Thrason Leon ont tous deux été grands-prêtres. Leon Thrason s'est illustré, pendant sa prêtrise des empereurs, par des dépenses importantes dont la nature n'est pas précisée : μετὰ πάντα τὰ τῆς ἀρχιερωσύνης ἀναλώ[μ]ατα. Il a ensuite financé le salaire de juges étrangers, le pavage d'une partie de l'agorac, et a été honoré par un décret pour cela (7). Il a fait partie du collège des décaprotoi chargés de la collecte des taxes pour Rome. Il a enfin été prêtre de Zeus Chrysaorien pendant l'ambassade de son père auprès d'Antonin. Plus tard, après le tremblement de terre de 139, il a participé financièrement à la reconstruction de la ville aux côtés de son père. Il a en outre été gymnasiarque des jeunes gens, comme Hieroclès, et a secondé son frère lors de ses prêtrises à Panamara. Etonnamment, Leon Thrason ne porte aucun des titres courants de fils de la cité, philocésar ou philopatris. Avec son frère, il est qualifié de « philosophe dès sa jeunesse » : [τοὺς καθ᾽] ἡλικίαν ὑοὺς φιλοσόφου[ς]. Ayant commencé leur carrière très jeunes, les deux fils de Hieroclès sont peut-être dits philosophes dès l'adolescence car le terme désigne peut-être autant des qualités morales qu'une véritable professiond. Archiereus à l'âge de 10 ans et gymnasiarque à l'âge de 11 ans, le deuxième fils, Thrason Leon, s'est lui aussi illustré par des dons en argent à la cité tout au long de sa carrière. Il a été prêtre de Zeus Panamaros à l'âge de 16 ans, prêtre de Zeus Chrysaorien à l'âge de 20 ans pendant l'ambassade de Hieroclès, néocore à Panamara, prêtre d'Hécate à Lagina, ainsi que siton (9). Il est qualifié de « prêtre de tous les dieux » sur la base d'une statue placée à Lagina : peut-être a-t-il succédé à son père, prêtre de Zeus Panamaros, Chrysaorien, Londargos, Narasos, et Capitolin. L'exercice de la prêtrise des empereurs pendant l'enfance est attesté également dans le cas de M. Ulpius Dionysoclès Mentor. En outre, comme la grande-prêtrise apparaît souvent en début de carrière, on peut supposer que ces deux personnages ne sont pas isolés. Strubbe explique l'existence, certes marginale, d'enfants liturges par le fait qu'il s'agit toujours de munera patrimonii : les enfants apparaissent dans des fonctions où il s'agit surtout de payer. À propos des prêtrises d'enfants, il écrit par ailleurs : « Priesthoods were usually ceremonial offices , children, by the way, naturally lent themselves to contact with the gods due to their purity and because they were on the fringes of adult society ». On peut se demander auquel de ces deux cas il faut rattacher la prêtrise des empereurs. Strubbe lui-même n'évoque pas ce problème et ne s'intéresse qu'à la gymnasiarchie de Thrason Leon , étant donné le coût très élevé de la prêtrise des empereurs, l'existence d'enfants-prêtres s'explique plutôt par des exigences financières, comme pour la gymnasiarchie, que par une exigence de pureté d'ordre religieux. Les descendants de Leon Thrason ne sont pas connus. Il est possible qu'il soit marié à Apphion, du dème de Koraza, elle aussi pérégrine. En revanche, l'épouse de Thrason Leon, Apphias fille d'Artemidoros, a été prêtresse à Lagina avec lui. Leur fille Ammia Apphia a été clidophore d'Hécate – comme c'était déjà le cas pour la sœur de Thrason Leon et de Leon Thrason, Apphia Adae.
Notes : a L. Robert, BCH 102 (1978) p. 402 sur la date de 139 pour le tremblement de terre et les inscriptions d'autres cités qui peut s'y rapporter. b Une autre inscription très mutilée se rapporte peut-être à ses prêtrises de Zeus (I.Stratonikeia 629). c Voir les nombreux parallèles rassemblés par L. Robert 1937 p. 193 (= OMS II p. 900).d L. Robert, BCH 102 (1978) p. 402 n. 57 à propos de ces deux jeunes gens : « on sait combien cette activité était répandue chez les notables d'Asie Mineure à l'époque impériale ». Un parallèle intéressant est fourni par la liste des qualités reconnues à Aelius Metrophanès de Sparte, au IIIe siècle. Celui-ci est est loué pour « la conduite philosophique de sa vie » : ἤθει τε φιλοσόφῳ καὶ παιδείᾳ καὶ τοῖς λόγοις διαφέροντα τῶν ἡλικῶν. B. Puech (2002 p. 350-351) le classe parmi les sophistes grecs de l'époque impériale tout en considérant qu'il ne s'agit pas vraiment d'un philosophe, ni même d'un sophiste confirmé, mais d'un jeune homme de famille influente qui s'est distingué lors d'un discours. L'excellence au sein des éphèbes, pendant la période de formation du jeune homme, suffirait à le faire désigner comme un « philosophe ». e Voir aussi l'épitaphe d'une Apphia (I.Stratonikeia 1373). Dans le stemma des IK (vol. I p. 107), l'éditeur hésite entre Aphhion et Apphias. La seule inscription dans laquelle le nom de l'épouse de Thrason Leon est attesté est rédigée ainsi : ἱέρεια ἡ γυνὴ αὐτοῦ Ἀπφιὰς Ἀρτεμιδώρου Κ[(ωρα)ζ(ίς) (I.Stratonikeia 667). Dans une autre inscription, on trouve Apphion : [Ἀπ]φίου Κ(ωρα)ζ(ίδος) (I.Stratonikeia 229a), mais il s'agit de l'épouse du prêtre qui commémore un sacerdoce pendant lequel Thrason Leon est néocore, elle ne peut donc pas être sa femme. Il doit s'agir de la femme de Leon Thrason. Par ailleurs, dans son stemma, l'éditeur a inversé les noms de Thrason Leon et de Leon Thrason : c'est bien Thrason Leon qui est l'époux d'Apphias et le père d'Ammia Apphia.
Bibliographie : Laumonier 1937 p. 269 n°97 , id. 1958 p. 259-260 et 262 (à Panamara) , p. 379-380 (à Lagina) , Strubbe 2005 p. 93-94 , Giannakopoulos 2008 p. 259.